L'art de désopiler la rate: la thérapie pour la société



La première question qui peut vous trotter dans la tête serait de savoir le pourquoi de ce couple humoristique dans ce petit billet. La réponse est vraiment très simple, et je m’en vais pour vous la donner dans les quelques lignes qui suivent. 



Avant tout autre chose, je me sens dans l’obligation de faire l’éloge de la radio qui m’a fait connaitre ces deux messieurs. L’un, je l’ai déjà croisé, et l’autre pas du tout. Moi qui suis grandi en ayant un faible pour la radio, j’en avait entendu beaucoup de présentateurs d’émissions avec un grand désir de les croiser un jour dans la circulation et de leur dire combien je les apprécie. J’écris ces quelques lignes pour manifester noir sur blanc a ses 2 gaillards, combien ils enjolivent ma vie quand elle est morne, vraiment soporifique. 

Tous deux viennent d’Afrique. Mugenzi Alfred Aubin connu sous le sobriquet de « Kigingi » est un humoriste burundais que j’ai connu tardivement en 2015, un peu avant le fameux « troisième mandat ».

Présentant l’émission matinale connue sous le nom de « Zinduka » sur la radio Buja FM, ce citadin de Bujumbura m’avait fait flasher sur son style humoristique. Dès lors, dès que je lui prête une oreille attentive, je succombe littéralement. C’est sur la radio ou dans l’un des ses one man show qui drainent toujours du monde, j’ai envie irrésistible de rester scotcher sur mon portable pour passer un moment fou de rire.

A force de l’écouter avec amour, j’ai développé en moi une manière de désopiler à la kigingienne sans m’en rendre compte, surtout quand je suis avec les potes, tellement qu’ils ont fini par me coller le nom magique « Kigingi ». Il est de ces genres d’humoristes qui ne vieillissent point. Il demeure jeune, et ses spectacles font toujours rire, plusieurs années après les avoir produits. Sachant comment s’adapter au public selon la tranche d’âge de chaque catégorie, il devient automatiquement le chouchou de tout le monde.

Chers lecteurs, ce que vous faites quand vous avez envie de réaliser ce que vous aimez le plus, c’est ce que je fais quand il faut taper le nom de « Kigingi » dans YouTube ou sur Google pour savourer ses prestations humoristiques. Mon cœur bat non seulement a Buja la belle, mais aussi à 4697km carrée de notre point de départ. Nous sommes exactement à Niamey, la capitale du Niger. Là, nous retrouvons Mohamed Moustapha Moctar connu par pas mal de gens sous le nom de « Mamane ». Au moment où puiser dans le train-train de la vie quotidienne des Bujumburois est le modus operandi actionné par mon compatriote afin de déstresser ses fans. Mamane, lui, puise, dans les tribulations de ce qu’il a appelé ironiquement « Le Gondwana ».

Ayant un géniteur qui était diplomate à l’époque, Mamane voyageait autant que son père le faisait. Avec les flux que s’offrent allègrement les diplomates, Mamane en avait profité pour observer la vie de ces compères africains, avec qui il partageait la vie. Grâce à son Papa, non seulement il voyageait mais aussi il s’était intéressé à lire les journaux pour s’enquérir de ce qui se passe dans d’autres contrées de cette petite boue de terre qui nous abrite.

Physiologiste végétale de formation, en voulant parfaire ses études dans son domaine dont il détenait le Master, Mamane s’est envolé pour la France. Il y arrive au début des années 1990. A la fin de ses études, on lui avait refusé le renouvellement de la carte de résident. D’où il est devenu un sans papier pendant un moment. C’est avec ce cliché qu’il avait su se débrouiller, en essayant d’en rire même si la situation n’avait rien de jouissif. En riant sur son sort, il jouait des sketchs, et en 2002, il monte son premier spectacle « one man show ». Le tour était joué.

Avec cette nouvelle carrière qui venait d’ouvrir une grande porte à ce fils d’Afrique, Mamane se produira presque dans toutes les grandes salles en France et dans d’autres pays francophones. 10 ans après, sur les ondes de la RFI, Mamane commence une chronique humoristique « la république très très démocratique du Gondwana »

Une chronique que j’ai connue tardivement grâce à mon Papa qui adorait écouter cet haoussien du Niger, possédant une qualité d’agencer les idées et une prononciation impec qui nous rassure qu’il n’y ait rien à envier aux françaises et français d’origine. Apres avoir écouté ne fus ce que la première chronique, j’en étais devenu accro. Non seulement je l’écoutais, mais aussi je la téléchargeais pour la réécouter et réécouter à volonté. « Nous, les humoristes, sommes des médecins de la société, disait Mamane dans une interview à France 24.

Cette fameuse chronique a eu un gros carton, car elle accumule aujourd’hui plus de 20 millions d’auditeurs par jour sur les ondes de la Radio France Internationale.

Promouvoir les talents humoristiques de chez soi

Ces deux humoristes ont un dénominateur commun plus fort, la promotion des futurs humoristes. Un psalmiste disait : « L’homme de bien a pitié, il partage. »  Ces deux gaillards vivent bien cette réalité dans leur profession en tant qu’humoriste. Mamane, au lieu de continuer à servir un bon plat humoristique aux gaulois, il a décidé de s’installer en Afrique afin d’aider les jeunes africains potentiellement humoristes, de vivre de leur art. 

Là, on peut apercevoir facilement le Capital Abidjan du rire, le parlement du rire, le prix de chaque année du meilleur humoriste qui a été plus drôle, et bientôt l’école de comédie à Niamey. C’est vraiment un casting panafricain. Pour Kigingi, il commence à convier d’autres humoristes dans ses spectacles estivaux, surtout les humoristes de l’Afrique des Grands Lacs. Une tâche qui n’est pas des moindre, car pour pouvoir rassembler les jeunes humoristes de l’Afrique, il faudra un argent fou.

Le moins que je puisse dire est que peu importe la formation scolaire ou académique effectuée, en matière de l’art et du talent, le virage à 180 degrés est possible.

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