Echec de la sauvagerie humaine face à la force de la foi

 




L’histoire des 40 martyrs de la fraternité est l’une de ces histoires dont on ne peut pas se fatiguer de narrer. C’est une histoire de foi, d’un courage innommable et pleine d’inspiration pour la génération actuelle et celle d’avenir. La date d’aujourd’hui marque le 27e triste anniversaire qui a endeuillé les familles des 40 jeunes assassinés à Buta, leurs éducateurs et toutes les personnes qui connaissaient ces 40 vaillants martyrs. 27 ans de demande pour que justice soit faite, 27 ans de panser les plaies des blessures causées par la barbarie humaine, 27 ans de nous laisser imprégné par la leçon des martyrs de la fraternité.

Une leçon qui challenge

Notre pays le Burundi, depuis belles lurettes, a traversé de graves crises interethniques qui ont secouées le pays, les familles, laissant derrière elles, des orphelins, des veufs, des veuves, des cicatrices encore visibles et des plaies toujours béantes à jamais. Ces plaies se remarquent dans des proliférations des messages ethniques. Moi qui suis née en 1994, je n’ai jamais été en contact direct avec les guerres ethniques, mais après mes documentations, je me suis rendu compte qu’il y eut un moment où les Burundais se sont entretués pour des raisons ethniques. Tous les moyens étaient bons pour se débarrasser de celui sur qui l’on collait l’étiquette d’Umumenja, d’Igihemu (le traitre). Mais, à la surprise générale de tout le monde, ces idéologies farfelues, divisionnistes n’ont jamais ébranlé la foi et l’humanité des séminaristes qui étaient sous la charge du Père Zacharie Bukuru. Les années qui ont suivies la mort du président Melchior Ndadaye étaient caractérisées par la peur d’un embrasement de la guerre. Buta ne faisait pas exception. La peur était visible dans les yeux des séminaristes. Ils pressentaient une attaque imminente contre eux.

Echec cuisant des rebelles

D’après les témoignages des survivants, la veille du carnage qui a duré 4 heures, les séminaristes affichaient des signes de peur. Pas très ordinaire. A titre d’exemple ; prier le rosaire dans la chapelle, chanter des psaumes. Pour rappel, les jeunes ont été assaillis par les rebelles après une période de recueillement, ce qui leur a permis de se réconcilier avec leur créateur et puiser une force neuve dans leur vie de foi. Le jour fatidique du 30 Avril 1997 était une journée d’horreur mais aussi de victoire contre les extrémistes. Désarmés, les jeunes séminaristes étaient comme des agneaux à l’abattoir qui attendent d’être égorgés et écorchés. Les rebelles ont sauvagement exécuté leur sale besogne, mais il faut mentionner aussi qu’ils ont échoué lamentablement. Ils ont fait face à un échec cuisant. Avec leur sadisme, peut-être qu’ils ont débarqué dans la petite bourgade de Buta avec l’idée selon laquelle, sous la crosse des canons, les jeunes vont obtempérer à leurs demandes. Contre toute attente, les rebelles ont essuyé un refus catégorique. Mais, quel courage fou ! Les jeunes qui oscillaient autour d’une vingtaine d’années ont bravé la peur et se sont serrés les mains, Hutu et Tutsi. Ainsi, ils ont défié et désarmé les extrémistes qui pensaient tout réussir au nom de la gâchette.

Contemplons d’une manière profonde cette force suprême qui ne vient jamais de nos maigres énergies physiques. Contemplons cette foi en Dieu qui poussait spontanément les séminaristes à implorer le pardon à leurs bourreaux. « Seigneur, pardonne-leur car ils ne savent pas ce qu’ils font », disaient-ils dans l’agonie totale comme leur maitre Jésus Christ. Comme Paris ne s’est pas fait en une journée, cette amour à la vie et l’attachement à l’unité ne se sont pas construits en un ou deux mois. C’est un travail de longue haleine. Un travail d’éducation, un travail d’assimilation aux valeurs humaines. En faisant mémoire de nos martyrs, je salue la tâche de leurs parents et éducateurs qui, de près ou de loin, a contribuée à souder l’unité de leurs enfants.

Quid des parents, éducateurs d’aujourd’hui?

J’ai eu la chance d’être enseigné par l’un des survivant du massacre de Buta, l’Abbe Nicolas. Un bon type, gai, blagueur, très doué presque dans tous les domaines. J’ai appris de lui un travail bien fait, le gout de la réflexion poussée au loin et la rigueur. Il n’avait jamais partagé son témoignage de comment il a failli frôler la mort. C’est par après que je l’ai su en lisant le livre du Père Zacharie, le recteur d’alors de mon professeur Abbé Nicolas.

Aujourd’hui en 2024, 27 ans après la scène des macabres de Buta, c’est inimaginable que certains dirigeants en manque des idées claires et novatrices de développement se réfugient dans l’usage d’une vieille idée tombée en désuétude de diviser pour régner. Celui qui disait que les Burundais ne se laissent pas instruire par l’histoire de leur nation n’a pas du tout tort. Nous sommes de mauvais élèves. C’est inimaginable aussi qu’il y ait encore des parents qui ravivent des divisions ou de la haine ethnique au sein de leurs familles, en imposant à leurs filles ou à leurs garçons de ne pas se marier à une personne d’une ethnie qui est différente du leurs. Bien évidemment, je comprends que la guérison est progressive mais n’empoisonnons pas la jeune génération qui entend le mot « ethnie » comme on entend les histoires de la mythologie grecque. Personnellement, être un vecteur des messages ethniques serait le déshonneur affiché à l’égard des martyrs de la fraternité.

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