Philippines: Las Vegas du Christianisme
Sur cette boue de terre qui nous abrite, s’il y a cinq pays qui se distinguent par leur plus grand nombre de Cathos, les philippines en font partie. Bienvenue pour que je vous fasse voyager dans ce pays asiatique qui m’a semblé trop atypique. Pays constitué d’un archipel de 7641 îles dont onze totalisent plus de 90% des terres et dont un peu plus de 200 seulement sont habitées, alors qu’environ 2400 îles n’ont même pas reçu de nom. La toute première fois que j’ai entendu parler de philippines, c’était à la RFI (Radio France Internationale) où on parlait d’un ancien président qui tuait les trafiquants de drogue. Aujourd’hui, j’y réside et je suis témoin oculaire du quotidien de certains philippins.
Dans leur devise national, l’amour de Dieu prend le
dessus sur toute autre chose. « Pour l’amour de Dieu, du
peuple, de la nature et du pays. » Ceci expliquera ou renforcera
mon argumentation. Le premier jour que j’ai posé mes deux pieds sur le sol de
ce pays d’Asie du Sud-Est, c’était un dimanche. Comme tout chrétien qui se
respecte, j’étais allé à la messe. Mais, je n’avais pas remarqué la chrétienté
hors pair des philippins, qui me questionne aujourd’hui.
500 ans de Christianisme
500 ans, c’est lourd à porter. C’est un long cheminement
pour la vie chrétienne avec les hauts et les bas que cela comporte. 500 ans de
Christianisme, c’est accepter de prendre sur soi la mission qui t’es confiée et
tâcher à la pérenniser. Loin de moi tout jugement. En voyant mes frères et ses
sœurs philippins, avec à leur actif 500 ans, les questionnements et
l’émerveillement bousculent ma petite tête. Mon émerveillement réside dans le
fait que les philippins sont chaleureux et bienveillants à l’égard des
étrangers. Très souvent, ils se portent volontiers aux séances photos et les
prises de selfies avec ceux qu’ils appellent americanos, car pour beaucoup d’entre eux, tout noir est assimilé à un américain.
De l’autre cote, leur manière de vénérer le sacré
questionne, pousse à réfléchir. Je comprends qu’après avoir passé plusieurs
années dans un domaine quelconque, tu deviens rodé, tu es versé dans ce
domaine-là. Mais pour les questions de foi, la logique est tout autre, me
semble-il. Pendant la messe, tu ne peux pas ne pas remarquer, au bas mot, un
chrétien se diriger vers une statue de Jésus avec un seul objectif de faire
passer son mouchoir sur cette image, et après, essuyer son visage avec le même
mouchoir qui est supposé contenir la bénédiction divine.
Normalement, l’Église catholique dans son entièreté est
apolitique. Dans ce pays avec le pouvoir qu’a l’Eglise Catholique, les prêtres
ou les évêques peuvent choisir un camp à soutenir parmi les candidats en lice
aux élections. Dans cette perspective, ils peuvent organiser une messe à intention de la personne ou du camp qu’elle soutient, implorer les bénédictions du très haut sur lui et mobiliser leurs
ouailles de voter en sa faveur. Malheureusement, pendant les récentes élections, le
favori de l’Eglise Catholique qui était une femme, n’a pas remporté la
bataille. Pourquoi ? Difficile à dire car elle était supposée remporter
les élections avec une écrasante majorité après s’être confiée sous la
protection rassurante du tout puissant. Moi qui croyais avoir tout vu sur la
chrétienté, ce pays a secoué mon imagination sur la réflexion chrétienne. Ici,
il y a une journée dédiée à la bénédiction des chiens. Les chiens sont bénis
comme on le fait pour tout être humain. Quelqu’un disait aussi que les maisons
closes seraient bénies aussi, ce que je ne peux pas affirmer par faute de
preuves.
En sus, le célébrant de la messe, après avoir clos la
célébration eucharistique doit se disponibiliser devant l’autel pour que les
chrétiens qui le veulent passent, prendre la main du prêtre et la faire
toucher sur leur front en guise d’une seconde bénédiction après celle reçue
juste vers la fin de la messe. La question légitime à se poser : la
première bénédiction n’est-elle pas suffisante ou efficace ? Quand le prêtre
asperge l’eau bénite, les philippins de tout âge mettent haut la main, signe
que peut-être les gouttes d’eau giclées dans l’air ne sont pas suffisantes.
Le 9 Janvier de chaque année, les philippins venèrent une
statue du « Black Nazareno », ce que je peux traduire
en français facile par le Nazaréen noir. C’est à ce niveau que quelqu’un peut
se rendre compte que la foi a ses raisons que la raison même ne peut pas
sonder. Pour palper l’image, avec une espérance de pouvoir réceptionner
quelques grâces et bénédictions, les gens s’entassent comme des fourmis. Il y a
de fortes bousculades. Les plus vigoureux marchent sur la tête des faibles, ici
je pèse mes mots. Vous comprenez avec moi qu’il doit y avoir des blessés, voir
même des morts. Tout ça au nom de la foi catholique. Cependant, j’ai été
surpris de constater que certaines personnes ne savent pas comment disposer
leurs mains au moment de recevoir le corps du Christ. C’était inimaginable pour
moi.
Quand ce pays a atteint les 500 ans de Christianisme, le slogan
adopté en cette circonstance était, « Gifted to give », traduit
comme suit « reçu pour donner ». Encore, une question me vient à
l’esprit : Qu’est-ce qu’on peut prétendre donner aux autres alors que ta foi
accuse des lacunes, quelque chose de très important, de très basique comme
savoir que la paume gauche doit être au-dessus de la paume droite. Comme
conclusion, la foi des philippins est une tache inachevée comme celle de tout chrétien
d’ailleurs. Même l’Église, après 2000 ans d’existence, continue de demander à
Dieu de fortifier la foi de ses fidèles.

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